Au bord de la rupture, l’espoir

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5ème livre de Bernard Anton sur l’Ukraine.

Ce recueil d’aphorismes poétiques donne voix aux silences cachés derrière le vacarme assourdissant de la guerre. À travers des poèmes lapidaires, le lecteur découvre plusieurs monologues, celui de la peur et du courage des combattants, mais pas seulement.

L’absurde, poussé à son paroxysme interpelle multiples éléments de la guerre, témoins de tant d’atrocités. Des objets inertes, comme des casques, des gilets pare-balles, des mitraillettes, des pelles, des chars d’assaut, voire des drones, s’animent et livrent leur expérience réelle et surréelle. Malgré l’horreur des témoignages, une flamme d’espoir traverse la nuit la plus noire.

Cette œuvre engagée invite à ressentir la fragilité et la force humaine face à l’horreur. Elle dévoile la guerre avec des images inédites.

Au bord de la rupture, l’espoir est un livre intense, plein d’humanité.

La poésie ne naît pas seulement du silence. Elle naît aussi de ce qui résiste au vacarme. Dans Au bord de la rupture, l’espoir, Bernard Anton ne décrit pas la guerre : il lui arrache ses monologues cachés.

Ce cinquième livre consacré à l’Ukraine s’inscrit dans une fidélité rare — celle d’un auteur qui, depuis plusieurs années, refuse l’oubli. Il prend sa plume pour défendre le droit et la justice, pour dénoncer ce génocide.

J’ai rencontré Bernard Anton en 2025, lors du festival ukrainien à Montréal. Je me souviens d’une écoute attentive, d’une parole mesurée, d’un regard habité par la conscience du réel.

Certains écrivent pour commenter l’histoire. D’autres écrivent pour en porter le poids. En tant que membre du comité de l’Alliance des Ukrainiens de Québec, je sais combien cette différence est essentielle.

Notre communauté vit la guerre non comme une abstraction géopolitique, mais comme une blessure intime, une souffrance continue, une longue et atroce tragédie. Et cela dure depuis déjà quatre ans.

Dans notre bibliothèque ukrainienne, à la Maison ukrainienne de l’Alliance, les ouvrages de Bernard Anton ont trouvé leur place parmi les voix que nous conservons avec respect. Nous en sommes profondément reconnaissants.

Dans ce recueil d’aphorismes poétiques, la guerre cesse d’être un simple décor. Des casques, des gilets pare-balles, des mitraillettes, des pelles, des chars, des drones — objets inertes — deviennent témoins vivants. Ils parlent. Ils livrent tout haut leur expérience réelle et surréelle, comme si l’absurde lui-même cherchait à se comprendre.

Pourtant, malgré l’horreur, une flamme traverse ces pages. Une flamme fragile, mais indestructible. Car au bord de la rupture, il reste l’espoir — non pas naïf, mais lucide.

Ce livre demande la compassion, celle d’une conscience éclairée, éveillée. Il invite à ressentir la fragilité et la force humaines face au chaos de la guerre. La poésie ici devient cri, souffle, lumière. Témoignage sublime. Et tant que des mots auront le courage de nommer l’Ukraine, la nuit ne sera jamais totale.

Slava Ukraini !

Olga Lupiichuk,

pour l’Alliance des Ukrainiens de Québec

(Aphorismes poétiques)

Monologue de soldats au front

Tranchée, notre tombeau ou notre gloire.

Pas le choix d’y entrer.

*

Tout peut exploser en un instant,

pas notre amour du pays.

*

La nuit plus lente au front

qu’un venin de serpent.

*

Chaque mètre perdu, une blessure profonde.

Une profonde blessure. Une blessure profonde.

*

La guerre se nourrit de cœurs brisés.

Je ne suis pas à bout de chair. Ne lui donnerai mon cœur.

*

Le silence, dernière armure avant l’orage.

Pourquoi s’entretuer ? Avidité inlassable.

*

La mort attend immobile,

vautour prêt à fondre sur sa proie.

*

Le cynique aime régir

un royaume de gravats et de sang.

*

La nuit ferme ses mâchoires sur nous, prête à claquer.

Je vois la mort si proche.

*

Le vent traîne mélodies et senteurs funestes,

impossibles à ignorer.

*

Là où les cendres s’étendent,

pousse une fleur rouge de sang.

*

La terre se fissure sous nos pieds, engouffre

morts et vivants, en un hurlement silencieux.

*

Ma mère insurgée : « Comment puis-je dormir au chaud ?

Tu grelottes dans la tranchée ! Corps à corps avec la mort ! »

*

Sommés à nous défendre, nous faisons la guerre,

mais demeurons contre la violence.

*

Quand le délire du dinosaure va-t-il s’arrêter ?

Ces mots me brûlent la gorge.

*

Non à une paix injuste.

Refuser l’inacceptable. Gardez vos chantages.

*

Des survivants. Seulement des survivants.

Appelez-nous « survivants ».

*

Les menteurs négocient leur paix

alors qu’ils intensifient et préparent la guerre.

*

Leur paix, une capitulation.

Peut-on trahir nos morts, blessés, réfugiés, villes ravagées ?

*

Cette guerre est celle de tous, bientôt à vos portes.

Et vous dormez encore.

 Au bord de la rupture, l’espoir

J’ai voulu explorer la guerre, ici, non comme phénomène politique, mais comme expérience existentielle radicale qui fracture le corps, l’âme et le tissu social. La structure chorale de ces treize monologues orchestre une force évocatrice et symbolique dense.

La musicalité sombre et rugueuse des poèmes déploie une polyphonie des émotions qui vont de la peur lancinante au courage farouche, de la souffrance silencieuse aux élans d’espoir. La multiplicité des voix nourrit la texture narrative et y injecte une fraîcheur stylistique, une variété psychologique. Le lecteur se trouve immergé totalement dans les paradoxes de la condition humaine confrontée à la violence.

Cette série de monologues intimistes offre une plongée poétique saisissante dans la douloureuse réalité de la guerre. Soldats, casques, drones, médecins, arbres ou champs de blé prennent tour à tour la parole. Ils révèlent la guerre sous différents angles humains et matériels. Ce choix narratif polyphonique enrichit le témoignage et lui confère une intensité émotionnelle crue.

L’écriture souvent âpre, traversée par des métaphores surréalistes, traduit autant la brutalité du conflit que la résilience des êtres. La guerre y est tantôt une bête vorace, tantôt une terre déchirée, brûlée. Paradoxalement, dans cet univers dévasté où chaque souffle compte, la vie tente toujours de s’imposer : des pousses de blé percent la terre meurtrie, des fleurs de sang éclatent sur les champs de bataille, témoins d’une volonté d’espérance.

Mes poèmes donnent voix aux émotions intérieures souvent tues : la peur glacée, la colère sourde, l’emprise de la folie ou la douleur muette. La tranchée devient un espace métaphorique où le désespoir et la volonté farouche de survie se combattent. Chaque instant peut basculer entre vie et mort.

Au bord de la rupture, l’espoir n’est pas qu’une chronique de la guerre. C’est un acte de mémoire sensible, une invitation à entendre les voix de ceux qui souffrent dans l’ombre des conflits. En interrogeant l’inhumanité du combat tout en soulignant la ténacité de l’esprit humain, ce recueil devient un témoignage bouleversant, une œuvre poétique engagée.

Mon livre interpelle et invite à regarder, au-delà du fracas des armes, le souffle subtil d’une humanité qui refuse de céder à la nuit. Je donne à comprendre, par la poésie, la tragédie et l’espoir intrinsèques à toute guerre.

Préface

Présentation                                                                                          

Avant-propos                                                                                         

Monologue de soldats au front                                                          

Monologue de la peur                                                                        

Monologue du courage                                                                      

Monologue des casques protecteurs                                               

Monologue des gilets pare-balles                                                    

Monologue mitraillettes                                                                    

Monologue des pelles                                                                        

Monologue des drones                                                                      

Monologue des chars d’assaut                                                         

Monologue des anacondas                                                               

Monologue des médecins au front                                                  

Monologue des arbres                                                                       

Monologue des champs de blé        

Addenda (deux lettres)                                                   

Réflexions de l’auteur sur son œuvre                                                   

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Bernard Anton’s poetic reflections express the brutal reality and emotional toll of war through a series of monologues from soldiers and their equipment at the front.

The texts convey many core themes: 1) Soldiers face constant danger and internal struggle; trenches are both tombs and battlegrounds filled with fear, pain, and courage. 2) Fear grips them as a paralyzing, consuming force, yet silence and endurance remain their fragile shields against death. 3)Courage is defined by resilience, the love for homeland and family, and the refusal to succumb despite the thin line between life and death. 4) Behind every helmet lies a haunted individual overwhelmed by exhaustion, trauma, and loss, illustrating war’s dehumanizing effects. 5) Protective gear like bulletproof vests bear the weight of doubt and death, symbolizing the harsh survival instinct within relentless violence. Amid carnage, the soldiers yearn for peace, imagining a world without gunfire where life and growth can flourish.

Overall, the work poignantly captures war’s physical destruction and profound psychological despair balanced by an indomitable will to survive and hope for a better future.

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