Le portrait d’Aramis le Grand suivi de Le Souvenir de Carlos le séducteur

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4e page de couverture

Livre numérique disponible chez Kindle Livres Amazon. La version papier suivra sous peu.

Le portrait de Monsieur Aramis le Grand

Le fils se souvient qu’aux déjeuners du dimanche, son père faisait tourner ses disques vinyle préférés, illuminé par ce qu’il considérait comme un débordement de génie et de splendeur.

D’habitude aussi fermé qu’une huître, sans la moindre démonstration affective, le voilà en quelques instants transformé en un être sensible et comblé, grâce à sa musique classique favorite.

Métamorphosé en oiseau ou papillon, le père lâchait du lest. Devenait lui-même l’air musical. Survolait la salle à manger. Marmonnait des « pom pom » en suivant le rythme. Chantonnait. Débitait des anecdotes pertinentes sur le chef d’orchestre, le pianiste ou le compositeur en question.

Il répétait, voltigeant dans l’air : « Cette musique me lave le sang, me purifie l’âme, me caresse l’esprit. Les arpèges du piano arpentent mon corps, font chanter et danser mes cellules. J’en frissonne jusqu’aux larmes. » (…)

Ça y est ! Ricardo l’emmènera au concert. Lui jouera ses morceaux de prédilection : le Concerto pour piano et orchestre no 2 de Chopin ou les pièces de Liszt qu’il écoutait, jadis, dans son magasin, afin de bien entamer la journée. Sans oublier les concertos pour piano de son ami Mozart.

Il lui offrira un canari qui l’éblouira plus que Domingo ou Pavarotti, et l’attachera davantage à la vie. Ils veilleront l’un sur l’autre, comme la source veille sur son eau et comme l’eau veille sur sa source. La zoothérapie est à la mode ces temps-ci !

Il lui fournira quelques-uns de ses chefs-d’œuvre préférés en version numérique. Fini la musique qui grince, l’aiguille usée, ou les sauts de lecture du tourne-disque ! La qualité du son multipliera certainement son bonheur !

Eurêka ! Le vieux ressuscitera par la musique. Elle le sortira de son amertume et de sa maussaderie, le ragaillardira, les solidarisera. Moins de place à l’atmosphère aigre et hostile des disputes. Plus de terrain au rapprochement et à la convivialité. Est-ce possible ? Rêve-t-il ? (…)

Au théâtre, il passe d’émerveillement en émerveillement, sidéré d’entendre cinq ou six personnages chanter simultanément des répliques différentes, sur des airs distincts, créant, selon son exclamation, « une superbe et céleste cacophonie ».

Il trouve cette musique, qui accompagne des paroles poétiques, aussi enchanteresse que celle de Mozart. Les notes s’épandent, se répandent, s’élèvent dans l’éther, le bercent et l’imprègnent d’une émotion soutenue, indescriptible, le laissant avec un goût meilleur que le miel. 

* * *

Le souvenir de Carlos le séducteur

Carlos laisse ses doutes de côté, s’assoit tout près d’elle et lui sourit, ne craignant plus de faire chou blanc. Il tisse, lentement mais sûrement, sa toile d’araignée autour de cette proie. Plus il la détaille, plus ses yeux ambrés, bouches de poisson affamé, la dévorent, envoûtés.

« Hum ! Ce cœur à prendre me comble et me fait saliver par son trop-plein de charme ! Quelle fleur rare ! Quel corps de rêve à dorloter ! Le soleil à minuit ! La beauté des beautés !… Une peau de lait si fraîche qu’elle n’a pas besoin de se bichonner… Je sens que les astres sont réellement à mes côtés ! Que c’est difficile de pratiquer la sobriété ou l’abstinence dans de telles circonstances ! (…)

La nuit est délicieuse. Tant de générosité sensuelle et réciproque. Un don de soi qui a rarement atteint ce degré d’authenticité, certes amplifié par la substance aphrodisiaque.

Carlos s’occupe savamment de Véronique, comme les filles de bordel s’occupaient de lui. C’est-à-dire avec des excès non affectés. Les fantasmes les plus extravagants deviennent réalité.

Elle se donne comme jamais auparavant, de l’intérieur, de l’extérieur, et ose des gestes prodigieux. L’absence d’inhibition les enflamme. Il la décortique, explore le grain de sa peau avec ses doigts et sa langue, leur procurant à tous les deux un plaisir souverain.

Ces jeunes oiseaux de nuit respirent le parfum de l’amour jusqu’à l’assouvissement total. Ils passent de lentes heures à se caresser silencieusement, à naviguer… Un soleil radieux et un petit orchestre les accueillent au petit matin : Amor mio, amor solo, amor grande (…)

Pour elle, qui flottait à trois mètres du sol, une bonne partie de la nuit, le monde paraît soudain amendable, en permanente progression.

Les amours, à leur tour, obéissent-ils à la loi cosmique de l’évolution ? D’un amour à l’autre, les sens s’affinent-ils ?

« Cet homme semble le plus doux du monde, le plus compréhensif, le plus attentionné, doté d’une conscience extraordinaire, à l’affût des moindres vibrations de mon esprit ! Est-ce vrai, ce que je vis ? Le bonheur me fait sentir coupable de ne pas assez aimer ! Puis-je m’investir et l’adopter si vite ? », ronronne-t-elle, de prime abord, confuse. (…)

« Cette nuit-là, le temps n’existe plus. C’est comme si je n’étais pas née, pas encore incarnée. Je sors des limites figées de mon corps, plane suspendue dans les airs, catapultée quelque part où tout baigne dans un luxe et un confort parfait. Béatitude absolue, intemporelle. Est-ce le vrai amour enfin arrivé ? », se dit Véronique éberluée.

La Voie lactée lui ouvre ses écluses, donnant accès à son coffre aux trésors qui brillent, diamants chatoyants, servis sur un plateau de feutre noir. Cette nuit-là, la frêle lune monte, royale, plus haut que la plus haute montagne, sans tumulte. (…)

Il l’épouserait, lui ferait des gosses merveilleux. Elle leur apprendrait des mots doux à répéter à leur père. Il leur enseignerait, en retour, des compliments sucrés à susurrer à son penchant de mère.

« Puis-je seulement l’imaginer comme mon époux ? Respectera-t-il ses promesses d’époux ? Je n’aurai pas le temps de m’ennuyer en sa compagnie ! Il allume toutes les étoiles de la nuit pour moi ! »

L’amoureuse lance un cri vers l’infini : « Ô Toi, qui tiens tout dans tes mains, fais qu’il soit mon homme, s’il me convient ! J’étais aveugle. Maintenant, grâce à lui, je vois… Aide-moi à l’aimer comme je le voudrais ! Je le prendrais, volontiers, pour le meilleur et pour le pire ! »

Se contemplant dans un miroir, le reflet d’Angelo lui revient sous une forme embellie, dynamisée par les idées les plus insensées. « Oui, il ferait un excellent papa. Je ferais une excellente maman. Nous enlacerons longtemps nos enfants, les comblerons de caresses et d’amour toute leur vie. » (…)

Quel nouveau lot de fraîcheur et de surprises s’amène tout d’un coup ? La lumière éblouissante de ce latino à la peau basanée s’incruste dans la cage thoracique de Véronique qui redécouvre, sous ses mains, la beauté et la douceur des formes de son corps.

« L’Amour frappe-t-il à ma porte ? Ce que j’ai à vivre de merveilleux n’est rien par comparaison à ce que j’ai déjà vécu ! Quelle fraîcheur, quelle vitalité il apporte à ma destinée ! Si je rêve, par hasard, ne me réveillez pas ! Ne me sortez pas de mon illusion ! Laissez-moi flotter dans un monde plein de couleurs et de suavités ! », babille-t-elle dans son éphémère enchantement.

1- Le riche Portrait de

Monsieur Aramis le Grand

Ce riche portrait contient des détours et des éléments assez surprenants. D’emblée, le lecteur éprouve une antipathie presque naturelle envers Monsieur Aramis le Grand, combattant obstiné et infaillible, au vocabulaire guerrier. Il oscille entre la méchanceté pure et un être plutôt bon et honorable, victime de ses émotions. Cependant, au fil des lignes, l’écrivain raffine le personnage. Ce dernier montre de grandes qualités, malgré son implacable rigueur. On assiste alors à sa résilience qui constitue sa fierté.

Le désir de Monsieur Aramis le Grand de subir une transplantation des yeux de sa conjointe Manon, fraîchement décédée, semble incongru. La beauté surréaliste de cette image nous émeut.

Au fil des anecdotes familiales, le lecteur prend conscience que le mal principal de cet homme serait le manque d’amour. C’est bien insufflé entre les lignes avant d’être vraiment nommé.

L’amour filial et la grandeur d’âme de Ricardo vont l’amener à plus de générosité dans sa vision du monde, et ce, au travers des spectacles musicaux. Chaque spectacle dont on raconte l’histoire semble ouvrir un peu plus le cœur de son père.

Ricardo, toujours en contrôle de ses émotions et lucide sur la personnalité de Monsieur Aramis le Grand, s’écrie à sa mort : « Je veux mon papa vivant. »

Cela étonne. Peut-on être si libéral et indulgent face à une personne méchante, dont la vie superficielle et vaniteuse de père et de mari comporte tellement de manques ? Un pardon parfait lui est pourtant accordé.

Le rêve final du fils est très poignant. Le lecteur comprend que c’est le cœur brisé du fils qui s’exprime dans ce rêve. La profonde bonté d’âme de Ricardo arrive, à force d’amour, à recréer l’image aimante de Monsieur Aramis le Grand. Il se reconstruit un père idéal, fait d’amour. La conclusion est une admirable exhortation sur l’amour universel.

Le souvenir de Carlos le séducteur

Cette histoire dévoile, en images poétiques, un lyrisme dans la description de la sensation amoureuse. Véronique passe du charnel à une hauteur d’émotions, puis au niveau spirituel. Cette montée est vertigineuse.

Ensuite, c’est un vrai tour de montagnes russes. Le lecteur est un peu désarçonné par les revirements, mais cela fonctionne. Il saisit les complications de l’histoire. La clé fournie à la fin, par le carnet découvert dans la table de nuit, donne à comprendre la difficulté des êtres de se « rencontrer » dans l’amour. Un monde d’illusions se cache dans les relations.

Le choix d’utiliser le présent narratif pour décrire les qualités du nouvel amant renforce le sens et la sensation d’actualité.

Conclusion

On sort de la lecture de cet ouvrage riches de plusieurs réflexions. L’auteur réussit à nous inspirer et à nous éveiller de différentes façons. La virtuosité de son écriture nous donne à voir la beauté de la vie, mais aussi parfois son absurdité et son côté obscur.

Béatrice Favereau,

paru dans Les livres et les copains d’abord, 16 janvier 2025

2- L’amour et ses paradoxes

Étude analytique (extraits)

Le portrait d’Aramis le Grand

Ce portrait littéraire respecte les règles du genre. On y lit une description détaillée et nuancée d’Aramis. L’auteur brosse avec minutie le caractère d’un père à travers ses comportements, son apparence, ses habitudes et ses contradictions. Son orgueil, son autorité naturelle et son besoin de contrôle sont mis en lumière, tout en laissant percevoir sa fragilité intérieure.

Le portrait ne se limite pas à la personnalité d’Aramis, il explore également son environnement social et familial. Sa boutique, son fils Ricardo et ses interactions avec son entourage viennent contextualiser ses attitudes, renforçant la profondeur psychologique du personnage.

Le narrateur adopte une posture subtilement critique, dévoilant les failles et les contradictions d’Aramis. Cette approche subjective oscille entre admiration et ironie. L’immersion dans l’intériorité d’Aramis invite le lecteur à comprendre ce personnage par ses habitudes, ses obsessions et ses relations aux autres.

La construction psychologique est solide, l’écriture précise. Les descriptions sont efficaces et immersives. Le point de vue adopté se situe entre distance et empathie.

Le Portrait d’Aramis le Grand accomplit sa fonction de peinture psychologique.

*

Le souvenir de Carlos le séducteur suit une structure linéaire, articulée autour de la rencontre entre Carlos et Véronique. Cette rencontre évolue vers une liaison intense et se termine sur une rupture brutale suivie d’un retour imprévu. La chute tragique lui donne une profondeur inattendue. Ce déroulement met en place un contraste entre la légèreté du désir initial et la gravité de la fin.

La tension dramatique est d’abord fondée sur les désirs et les frustrations de Carlos, puis sur la dynamique de séduction avec Véronique. Le basculement se produit lorsqu’il décide de rompre, créant un effet de surprise et de désillusion. Enfin, le décès de Carlos ajoute une intensité tragique à l’ensemble.

Carlos est présenté comme un homme solitaire, tourmenté, tergiversant entre désir charnel et quête d’affection. Sa complexité repose sur ses contradictions. Il cherche l’amour tout en rejetant l’attachement. La question posée sur nos blessures et leurs conséquences est très intéressante.

Véronique incarne la vulnérabilité affective. Sa solitude et son besoin d’amour la rendent fragile, ce qui la conduit à idéaliser Carlos avant de tomber de haut.

Si Carlos cherche à combler un vide affectif à travers des relations superficielles, Véronique aspire à l’amour véritable. Elle se heurte toutefois à la frivolité des intentions de son amant. Ce dernier incarne l’instabilité affective. Il est incapable d’assumer une relation profonde. Sa décision de rompre brutalement est motivée par un besoin de revanche sur ses expériences passées.

L’auteur brosse finement le portrait de Carlos et la quête d’amour d’une Véronique déçue. Les descriptions ainsi que les réflexions détaillées offrent une plongée dans leur intimité. La solitude, le désir, la peur de l’engagement et la désillusion amoureuse sont des thèmes fort bien exploités.

Le Souvenir de Carlos le séducteur est un texte dense, porté par des personnages complexes et des thématiques puissantes. La caractérisation des protagonistes est saisissante. L’essentiel des émotions et des conflits repose sur des réflexions intérieures et des descriptions généreuses.

*

Ces récits explorent l’amour sous toutes ses facettes : passion destructrice, quête de rédemption et transformation personnelle. Ils interrogent la nature des liens affectifs, entre égoïsme, désir et besoin de libération.

Le style de Bernard Anton est une force majeure du recueil. On y trouve une richesse descriptive. Les paysages, les atmosphères hospitalières… sont décrits avec une précision immersive et deviennent vivants. Les réflexions sur la vie, la mort et l’amour adoptent un ton contemplatif qui élève le texte. On y lit aussi un équilibre entre mélodie et sens. Les mots sont choisis avec soin pour éveiller des émotions fortes, tout en stimulant la réflexion.

Lionel Parrini, dramaturge

paru dans La fureur de lire, 1er mars 2025

3- Bernard Anton dévoile un double roman bouleversant sur l’amour, la vieillesse et la solitude

L’auteur québécois Bernard Anton signe une œuvre aussi brillante qu’émotive avec Le portrait d’Aramis le Grand, suivi de Le souvenir de Carlos le séducteur. Deux romans, deux figures aux trajectoires contrastées, qui posent un regard puissant sur les contradictions de l’amour et de l’existence. Le style, à la fois littéraire et introspectif, touche juste, dans un équilibre rare entre profondeur psychologique et recherche d’un certain art de vivre épanouissant.

Aramis le Grand : grandeur d’un homme… et de son échec

Dans le premier récit, Monsieur Aramis, 92 ans, mercier milanais autoritaire et excentrique, lutte contre l’usure du temps, le déclin de son commerce et l’érosion de ses liens familiaux. Imposant, intransigeant, souvent odieux, il suscite pourtant l’attachement grâce à la subtilité de son portrait psychologique. Il aime la musique, les animaux qu’il qualifie de « messagers du divin » et la nature.

À travers son fils Ricardo, professeur de philosophie revenu pour tenter une impossible réconciliation, l’auteur explore les fractures intimes entre générations, les regrets d’un père ultra rigide, et la quête d’amour jamais assumée. Chaque chapitre de ce roman est une fresque humaine teintée de musique, de nostalgie, et de colère refoulée. Le récit culmine dans un final poignant où l’amour — même mal formulé, mal exprimé — devient un ultime acte de rédemption.

L’auteur rend un hommage bouleversant à l’amour et à la beauté d’un pardon tardif.

Carlos le séducteur : les pièges du désir et de l’illusion

Le deuxième récit, Le souvenir de Carlos le séducteur, brosse le portrait d’un homme hanté par la solitude et la quête du plaisir immédiat. Venu s’installer au Québec, Carlos multiplie les conquêtes jusqu’à tomber sur Véronique, esthéticienne au cœur tendre qui s’abandonne naïvement à un amour intense et éphémère. Leur liaison vire au drame affectif, révélant les déséquilibres émotionnels, les attentes irréconciliables, et les blessures anciennes qui rendent le cœur si vulnérable.

Vibrant, sensuel, mais aussi tragique, ce récit illustre avec acuité la fracture entre le désir charnel et le besoin de connexion véritable avec l’autre.

Carlos finit par être victime, symboliquement et littéralement, des excès de son mode de vie, tandis que Véronique, qui se sacrifiait trop, tente de se reconstruire avec dignité. Elle apprend de son expérience douloureuse : « Si l’amour pousse à me quitter, à m’oublier, je ne me quitterai plus, ne m’oublierai plus ! Je serai au premier rang. »

Une œuvre littéraire puissante et profondément humaine

Bernard Anton démontre ici toute la maîtrise de son art : dialogues percutants, descriptions immersives, introspections sensibles, écriture à la musicalité élégante.

À travers deux portraits (Aramis et Carlos) aussi opposés qu’attachants, surtout égoïstes, et deux antagonistes (Ricardo et Véronique) plutôt altruistes, l’auteur explore les thèmes de l’amour manqué, du pardon, du vieillissement, de la filiation, du dévouement et de la quête d’authenticité.

La force du livre de Bernard Anton repose sur sa capacité à révéler les failles de ses personnages tout en suscitant l’empathie. Le portrait d’Aramis le Grand et Le souvenir de Carlos le séducteur sont un double miroir tendu au lecteur, questionnant nos choix de vie, notre rapport à l’autre et notre capacité à aimer — ou à nous laisser aimer.

Un double roman écrit sous la houlette de Vénus. À lire absolument pour les passionnés de littérature psychologique, de récits de vie sensibles et d’écriture ciselée.

21 novembre 2025

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4- Amour narcissique et amour véritable : le regard de Bernard Anton

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